Violences : des caméras pour soigner l’hôpital
Le parisien

À Riom (Puy-de-Dôme), le patient en furie a blessé un médecin, deux infirmiers, un ambulancier, deux agents de sécurité. À Nantes (Loire-Atlantique), deux blouses blanches ont reçu la même semaine des coups de deux patients. À Clichy (Hauts-de-Seine), plusieurs soignants présentent des signes de stress post-traumatique après l’intrusion de groupes de plusieurs dizaines de personnes.

Ces événements parmi d’autres, qui se sont déroulés ces derniers mois dans des services d’urgence ou de réanimation, confirment le diagnostic d’un hôpital malade de sa violence, de ses tensions, de ses incivilités.

Le scénario est presque toujours le même. La prise en charge estimée mauvaise, l’alcoolisation ou le temps d’attente trop important sont autant de motifs d’agitation pour certains patients ou – de plus en plus souvent – de leurs proches. « L’hôpital n’est plus sanctuarisé. Sa dégradation induit chez certains un comportement de consommateur revendicatif ou agressif totalement incompatible avec le système de santé », juge Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

Installation massive de vidéosurveillance à l’AP-HP

Le constat posé, reste à suturer les plaies. L’AP-HP, l’établissement public qui gère 39 hôpitaux à Paris et en Ile-de-France, met la violence dans son viseur. Il a enregistré 3 282 « événements indésirables » l’an passé. L’installation massive de vidéosurveillance est l’une des mesures phares de son chantier.

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Particularité : pour la première fois dans le domaine de la santé, seront aussi testées des caméras dites intelligentes, capables de repérer et d’alerter lors d’une bagarre, d’un vol ou d’une chute de patients.

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Des caméras et des médiateurs à l’hôpital Nord à Marseille

« C’est un outil dissuasif important », assure le professeur Antoine Roch, chef des urgences de l’hôpital Nord à Marseille (AP-HM, Bouches-du-Rhône) qui l’utilise aussi pour en finir avec les démons de l’incivilité. « Mais ici, comme ailleurs, la vidéo ou même une armée entière ne suffiront jamais, fait-il remarquer, à enrayer le processus. Les moyens techniques doivent rejoindre les moyens humains. Cela passe par une meilleure ergonomie des locaux, une meilleure écoute des patients… » Expérimentation intéressante dans son service : la présence de jeunes médiateurs, postés en salle d’attente.

« On ne peut pas le chiffrer scientifiquement, mais on sent une amélioration. Ils informent sur l’attente, désamorcent les conflits, préviennent les tensions. Cela sert à tout le monde, les patients comme les soignants que les situations de conflits rendent plus vulnérables. »

De nouvelles méthodes qui ont plus d’impact que les affiches pourtant claires qui couvrent les murs de nombreux services d’urgence : une injure envers un professionnel de santé est passible de 6 mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende.

Source primaire: leparisien